Anaïs Blanchard

Sept jours après Tchernobyl, Anaïs naît près de l’océan. C’est pour cette raison qu’elle se sent (émotionnellement) différente des autres, connaît toutes les nuances de bleu et entretient une liaison spéciale avec l’eau, flaques, lacs, rivières, océans, peu importe, pourvu qu’il y ait contact.

Par la force des choses, elle a vu s’inverser les chiffres de son département, le 1 s’est transformé en 7 et le 7 en 1.  Ça change tout, deux chiffres qu’on retourne. Pour retrouver son équilibre, elle s’est réfugiée dans un port et se dit qu’il y a pire comme situation ;
elle peut : regarder au large tranquille, se perdre dans la contemplation méticuleuse d’à peu près tout. Enfin, disons la contemplation d’abord puis l’amour fou ensuite : elle est atteinte de “passion aiguë” chronique au sens large. Cela peut être contagieux, surtout si elle te regarde droit dans les yeux.

Depuis le quai elle observe. Elle aime quand les péniches XXL de luxe font demi-tour et occupent un instant toute la largeur de la Saône. Elle aime quand le reflet du ciel sur la rivière parfaitement immobile donne l’impression que le monde est à l’envers. Elle aime quand il y a des mouettes par paquets, ça lui rappelle un instant d’enfance.

Elle joue ici, jouait là, est dramaturge ici, regard extérieur là, chante, filme, saisit l’instant, marche, conduit des petits camions avec des caravanes derrière, mange, dessine, ramasse, collecte, écrit, danse (dansait ?), dansera peut-être encore.