Éloge du tout petit
Voici un extrait d’un très bel article publié sur Les Trois Coups, le journal du spectacle vivant, écrit par Stéphanie Ruffier. Elle parle de nos deux entresorts en caravane Avion Papier et On boira toute l’eau du ciel pendant le festival Du Bitume et Des Plumes à Besançon, en octobre 2024.
” De toutes petites formes étaient aussi de la partie. Dans la cour du palais Granvelle, un peu tristoune sans scénographie festive, on pouvait pénétrer dans trois caravanes. Le collectif La Méandre présentait Avion Papier, un « ciné-concert vagabond ». Et c’est Arthur Delaval, son concepteur, qui officiait exceptionnellement aux manettes, avec sa mine de gosse réjoui surmontée d’une couronne en papier. En direct, il accompagne (avec un mélodica, une pédale loop, un mini-clavier et des câbles farfelus) un personnage féminin pas très jouasse, épaules rentrées, valises lourdes, en déambulation dans un univers où ses congénères perdent la tête, traînent des boulets, chutent et se relèvent, comme dans un mauvais rêve dystopique.
On est collés-serrés dans cette boîte noire à guetter les pérégrinations de la femme-dépression – sans doute femme-oppressée – qui monte et descend sur des écrans ici ou là. Un pur moment d’élévation. Un apprentissage de la légèreté. La micro angoisse qui sourd de la rêverie résonne sans doute chez les plus grands. On reconnaît dans ce cabinet de curiosités (créé en 2017), où le dessin animé rencontre l’artisanat, de nombreux ingrédients de Fantôme, très grand format pour place publique qui tourne actuellement dans les festivals. On sort de cette expérience miniaturisée touchés et piqués par la machine à coudre du poème, recousus, la tristesse cachée dans l’ourlet. Magie du droit-fil !

Sous les eaux
Dans la caravane attenante, On boira toute l’eau du ciel nous guide à quatre pattes, puis nez en l’air, dans un temps ancien. Un déluge a déplacé des animaux, englouti un peuple. Deux sœurs survivantes nous emmènent dans leur sillage. On navigue sous les images floues et les ombres de la perte et du deuil. Un rituel oublié nous lie, quelque chose de rampant et de moelleux nous enveloppe. Habilement, en tout petit comité, on nous distille des sensations, des échos d’émotions.”
